Patrice Cahart: «Le développement de l’éolien nuit au climat»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans son nouvel ouvrage La Peste éolienne, Patrice Cahart alerte sur la propagation de ces «hautes carcasses». Les éoliennes se développent grâce à l’ignorance entretenue du public et un soutien dogmatique des décideurs, argumente-t-il.Par Eugénie BoilaitPublié le 16/07/2021 à 16:35

«Plus on développera l’éolien, plus on nuira au climat.» Cysefoto / stock.adobe.com

Patrice Cahart est inspecteur général des finances, ancien conseiller à la Cour de cassation et auteur du livre La Peste éolienne (Hugo Doc, 2021).À découvrir


FIGAROVOX. – Le titre de votre ouvrage est La Peste éolienne . Pourquoi utilisez-vous une métaphore maladive ?

PATRICE CAHART. – L’éolien a ceci de commun avec la peste qu’il se propage en dépit des mises en garde, et qu’il tue. En l’occurrence, les victimes sont les paysages français. J’étudie cette maladie depuis une dizaine d’années. Mes articles et mes conférences n’ont guère eu d’effet sur les décideurs. Le moment est donc venu de hausser le ton.

Polluant, l’éolien l’est d’abord par son mariage forcé avec le gaz. Une éolienne terrestre, dans notre pays, ne fonctionne en moyenne qu’à 25 % de sa capacité. Le plus souvent, elle se trouve à l’arrêt ou tourne au ralenti. Or les consommateurs ont besoin d’une alimentation régulière. Pour assurer le complément, force est donc de se tourner vers le gaz, qui comporte trois sérieux inconvénients : sa combustion dégage du gaz carbonique, il n’est pas renouvelable, il nous met dans la dépendance de la Russie. J’ajoute que, depuis peu, son prix connaît une forte ascension sur les marchés mondiaux. Bref, l’éolien et le gaz forment un couple infernal.

Polluant, l’éolien l’est une seconde fois, en détournant à son usage d’énormes sommes qui seraient bien plus utiles ailleurs. J’ai calculé que pour remplacer d’ici à 2035, comme le voudrait le programme officiel, douze réacteurs par des renouvelables (deux tiers d’éolien et un tiers de photovoltaïque), il faudrait investir 145 milliards, y compris le développement d’un réseau très ramifié et la constitution d’une force de secours gazière. En regard, le maintien des douze réacteurs par des travaux dits de grand carénage ne coûterait que 13 milliards. La différence entre les deux chiffres, soit 132 milliards, correspond à ce qui serait gaspillé par l’éolien au lieu d’aller à des causes vraiment utiles (isolation des bâtiments, chauffage électrique, promotion des véhicules électriques).

Plus on développera l’éolien, plus on nuira au climat.

Le nucléaire ne constitue que la moitié de notre potentiel. S’il fournit néanmoins 70 % de notre courant, c’est en raison surtout de l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque.Patrice Cahart

Un autre argument est celui de la nécessité d’une diversification des sources d’énergie, comme en Allemagne où les énergies renouvelables fournissent déjà 25 % de la production totale d’électricité. Peut-on considérer que la France a déjà opéré cette diversité ?

En effet, notre production électrique est déjà suffisamment diverse. Le nucléaire ne constitue que la moitié de notre potentiel. S’il fournit néanmoins 70 % de notre courant, c’est en raison surtout de l’intermittence de l’éolien et du photovoltaïque. De surcroît, à l’intérieur du secteur nucléaire, nous pouvons observer une diversité géographique et technique. Elle devrait s’accroître avec l’entrée en scène des neutrons rapides, prônée par l’académie des Sciences en juin dernier, et celle, plus tard, de la fusion nucléaire, dont les possibilités sont immenses.

Vous semblez défendre le nucléaire. Pour quelles raisons ?

Je recommande de conserver le nucléaire en place le plus longtemps possible, au lieu de le remplacer par de l’éolien et du photovoltaïque associés à du gaz. Aux États-Unis, où les réacteurs sont similaires, deux d’entre eux, près de Miami, ont été autorisés à fonctionner jusqu’à leur quatre-vingtième anniversaire, et d’autres pourraient suivre. En France, on veut ignorer cet exemple. Mais si nous le retenons, notre parc nucléaire actuel a encore une quarantaine d’années devant lui.

Le coût marginal du courant nucléaire qui en provient, c’est-à-dire la somme qu’il faut dépenser, y compris le grand carénage, pour maintenir la production, n’est que de 33 € le mégawatt-heure ou MWh (un MWh valant mille kwh). En comparaison, le coût résultant des meilleurs d’appels d’offres de l’éolien terrestre avoisine 55 € le MWh. Mais les projets éoliens terrestres de moins de sept engins sont, pour des raisons mystérieuses, dispensés d’appels d’offres ; ils bénéficient alors d’une recette garantie d’en moyenne 91 € le MWh, aux frais du contribuable. Encore faut-il ajouter à ces deux derniers chiffres le coût de la mise en place d’un réseau ramifié et d’une force de secours gazière, ce qui a presque pour effet de les doubler. L’éolien terrestre est donc fort loin de la compétitivité avec le nucléaire.

Quant à l’éolien fixé en mer, c’est une horreur financière, qui atteint son summum en baie de Saint-Brieuc, avec une recette garantie de 155 € le MWh – auxquels s’ajoutent, là encore, les deux suppléments définis plus haut.

Pour tenter de faire oublier ce désastre, un appel a été lancé près de Dunkerque. Selon les mauvaises langues, EDF a subi de fortes pressions. Son offre modérée a été retenue – 44 € seulement le MWh, sans compter les deux suppléments. Ce succès apparent a déclenché des commentaires dithyrambiques, selon lesquels l’éolien serait désormais « mature » et bon marché.

Mais la mer du Nord, peu profonde, n’est nullement représentative de nos autres mers. En Manche, dans l’Atlantique, il faut descendre à trente mètres et s’attaquer à des roches dures. Un jour sur deux, la houle empêche la maintenance.

De surcroît, le secteur de Dunkerque se caractérise par une navigation maritime et aérienne intense, peu compatible avec les éoliennes. Nos amis belges n’avaient même pas été consultés ! Incroyable négligence, ou politique du fait accompli. Ils attaquent en justice. Le miracle de Dunkerque tourne au fiasco.

L’intégration est impossible. Notre civilisation doit faire face à une nouvelle barbarie.Patrice Cahart

Le débat s’est déplacé du côté des déchets. C’est l’argument que brandissent de bons apôtres à Bruxelles, pour contraindre la France à abandonner l’un des rares atouts qui lui restent – le nucléaire. La réponse est le projet Cigéo à Bure (Meuse) : les déchets dangereux seraient enfouis à cinq cents mètres de profondeur, sous une couche d’argile épaisse de cent trente mètres. La région n’étant pas sismique, cette couche n’a pas bougé depuis cent soixante millions d’années. On voit mal pourquoi, soudain, cela changerait. Le projet me paraît donc raisonnable. En Finlande, en Suède, des projets comparables avancent sans que personne proteste. Espérons que notre gouvernement aura le courage de mener Cigéo à bien malgré l’opposition orchestrée.

La question esthétique cristallise de nombreux enjeux. Les éoliennes ne pourraient-elles pas s’intégrer aux paysages français ?

Nos paysages ont été façonnés par les siècles. Les jalons en sont des clochers qui dépassent rarement la vingtaine de mètres. Or nous nous trouvons maintenant, en France, devant des projets éoliens de deux cent quarante mètres de haut. L’intégration est impossible. Notre civilisation doit faire face à une nouvelle barbarie.

Sans doute m’objectera-t-on la tour Eiffel. Si on l’aime, c’est qu’elle est unique. Le jour où l’on en verra des dizaines et des centaines, elles seront détestées. Mais il sera trop tard.

Dès maintenant, on a osé implanter vingt-deux éoliennes sur la chaîne de la Sainte-Victoire – en face de la basilique gothique de Saint-Maximin et du massif de la Sainte-Baume, lieu de pèlerinage bimillénaire. La cour administrative d’appel de Marseille a constaté que ces intruses avaient été installées au moyen de permis de construire caducs. Parviendra-t-on à les déraciner ?

À la question des paysages s’ajoute celle de la faune ailée. Dans toute l’Europe occidentale, les oiseaux et les chauves-souris, toutes espèces réunies, connaissent une chute dramatique de leurs effectifs, par la faute des pesticides. Ce n’est pas une raison pour en rajouter avec de l’éolien. Désireuse de parer à cette critique, la profession exhibe des statistiques de mortalité ridiculement basses. Elle oublie de dire que les renards, les blaireaux, les rapaces enlèvent la plupart des petits cadavres avant le passage des enquêteurs.

La progression persistante de l’éolien s’explique avant tout par l’ignorance du public, auquel on fait croire que cette forme d’énergie est utile au climat.Patrice Cahart

Comment expliquez-vous un tel engouement, à la fois de l’opinion publique et du pouvoir politique, pour les éoliennes ?

La progression persistante de l’éolien s’explique avant tout par l’ignorance du public, auquel on fait croire que cette forme d’énergie est utile au climat.

Cette ignorance est entretenue et exploitée par un groupe de pression puissant et riche, en grande partie étranger, qui a ses entrées dans les ministères. L’éolien est l’une des très rares professions où, en France, l’on puisse encore faire rapidement fortune. Pourquoi cette particularité ? En raison de la largesse de l’État, qui accorde aux promoteurs cette faveur inouïe, une garantie de recettes sur vingt ans. Le promoteur vend son courant sur les marchés ; l’État lui verse la différence entre le prix obtenu et la recette garantie. De la sorte, les contribuables français ont fourni, au cours des dernières années, environ la moitié du chiffre d’affaires de la profession éolienne (hormis la minorité soumise aux appels d’offres). Qui dit mieux ?

Quant à la plupart des responsables politiques, ils se gardent, hélas, d’essayer de faire l’éducation du public. Ils préfèrent se placer dans le vent.

Avant de vous opposer aux éoliennes, vous spécifiez votre intérêt pour la question écologique, sous-entendant que pour certains, une opposition aux éoliennes pourrait rimer avec un certain refus écologique…

Pour ma part, je suis un auteur indépendant, sans allégeance politique. Personne ne me paye. Je n’ai pas d’autre souci que l’intérêt national.

Je prends le risque climatique très au sérieux, mais je pense que l’éolien, au moins dans notre pays, est l’une des pires solutions. En poursuivant cette chimère, on se prive des actions vraiment nécessaires, en faveur de l’isolation des bâtiments, du chauffage électrique et des véhicules électriques.

L’éolien est l’un des plus graves dangers qui menacent la France.

La Peste éolienne, Patrice Cahart, Hugo Doc, coll. «Alerte», 2021, 156p, 9,95€. Hugo Doc

1 Commentaire

  1. tout est dit : La progression persistante de l’éolien s’explique avant tout par l’ignorance du public, auquel on fait croire que cette forme d’énergie est utile au climat.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.