«L’écologie politique conduit à une catastrophe environnementale»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Jean-Loup Bonnamy, l’écologie politique prônée et menée par certaines classes favorisées, est en réalité nocive pour l’environnement et aggrave le rejet de CO2. Une politique ambitieuse de préservation de l’environnement doit être ancrée sur des réalités et pas des principes idéologiques ou affectifs, expose-t-il.

Par Jean-Loup Bonnamy
Publié le 05/02/2021 à 16:56, mis à jour le 05/02/2021 à 16:56

«Miser sur l’éolien, c’est avoir une énergie moins fiable et plus coûteuse»
avance Jean-Loup Bonnamy.
 HECTOR RETAMAL/AFP

Normalien, agrégé de philosophie, Jean-Loup Bonnamy est spécialiste de géopolitique et de philosophie politique. Il a publié, avec Renaud Girard, Quand la psychose fait dérailler le monde (collection «Tracts», Gallimard.).


Certains textes littéraires semblent parfois étrangement prophétiques. C’est souvent parce qu’ils ont su déceler des tendances de fond, déjà présentes à leur époque et qui ne portent tous leurs fruits qu’à notre époque. Il en va ainsi d’une brève nouvelle de Villiers de L’Isle-Adam (1838-1889), intitulée L’amour du naturel, parue dans le recueil Contes cruels (1883). Ce texte crucial nous permet de mieux comprendre les problématiques politiques liées à l’écologie.

Villiers y raconte l’histoire d’un Président de la République, qui va incognito se promener à la campagne, «tout heureux d’apercevoir d’autres «visages» que ceux des préfets, des sous-préfets et des maires: cela lui reposait la vue.»

Il y rencontre un couple de jeunes bergers, Daphnis et Chloé, qui, ruinés, ont dû quitter Paris et voulu se rapprocher de la Nature. Mais le Président, visiblement coupé du terrain (on dirait aujourd’hui «déconnecté»), ignore que derrière les apparences champêtres se cachent l’artificiel et le faux. L’industrialisation et la société de consommation produisent un nouveau monde d’objets artificiels, massifiés et standardisés, nouveau monde qui vient remplacer la Nature.

Ainsi, «le lait, on peut le boire: car il est fait, je crois, avec d’excellente cervelle de mouton. — Quant aux tartines, murmura Daphnis, pour ce qui est du pain, vous savez, avec les levures nouvelles, on n’est jamais sûr… mais quant au beurre, j’avoue qu’il m’a paru d’une margarine intéressante. Si vous préfériez, toutefois, le fromage, en voici un de confiance, où le suif et la craie n’entrent que pour un tiers à peine: — il est d’invention nouvelle.» Villiers a d’ailleurs bien vu le rôle que la mondialisation des échanges et les États-Unis allait jouer dans ce processus d’uniformisation.

L’américanisation du monde était déjà en route: «Voulez-vous deux œufs au miroir? Ceux-ci sont à la mode. Ils proviennent de l’exportation, vous savez? de ces trois millions d’œufs artificiels que l’Amérique nous expédie par jour ; on les trempe dans une eau acidulée qui fait la coque: c’est instantané. Croyez-moi, goûtez-y. Nous prendrons le café après. Il est excellent! c’est de cette fausse-chicorée premier choix dont la vente annuelle, rien qu’à Paris, s’élève, d’après les totaux officiels, à dix-huit millions de francs.»

Même le vin, symbole de l’identité française, n’échappe pas à la règle, comme l’a bien vu Villiers, qui évoque déjà les risques pour la santé du consommateur: «une feuillette de cette mixture si bien tartrée, plâtrée et dûment arseniquée que quatre ou cinq cents gens modernes en sont décédés!».

Fervent progressiste, le Président réagit. On dirait aujourd’hui qu’il «fait de la pédagogie» et «lutte contre les fakes news» propagées par les «complotistes» et les «réactionnaires»: «croyant démêler, en ces derniers mots, une vague intention d’ironie à l’adresse du Progrès, il crut devoir prendre un peu de son air officiel» et, tel un véritable fact-checkeur avant l’heure, il précise que plein de choses restent naturelles: le ciel, la montagne, la mer…

Mais le Président se trompe, car Villiers, dès son époque, a bien compris le problème de la pollution lumineuse, qui ravage aujourd’hui nos villes, nous masque les étoiles et désoriente les animaux: «C’est que, murmura Daphnis, d’interminables rais électriques, partis du polygone, traversent l’ombre de leurs immenses balais de brouillard clair: cela modifie, à chaque instant, la clarté des étoiles et frelate la belle lueur lunaire sur le bois!… La nuit n’est plus… naturelle. Quant aux rossignols, soupira Chloë, les sifflets continuels des trains de Melun les ont épouvantés ; ils ne chantent plus.» Idem pour la mer, qui commençait déjà à être traversée par de grands câbles sous-marins: «c’est que nous n’ignorons pas qu’un gros câble en aniaise, d’un bout à l’autre, l’immensité bien surfaite.»Cette Nature, qui était auparavant omniprésente, universellement et immédiatement accessible, devient un produit de luxe

Mais Villiers ne pouvait pas imaginer à quel point la situation de nos océans se dégraderait encore. Traversés de câbles pour Internet, pollués, dépeuplés par la surpêche, exposés aux marées noires, souillés dans le Pacifique par un vortex de déchets plastiques («le continent de plastique») qui fait trois fois la taille de la France, nos océans ne se portent pas bien.

Mais le plus intéressant est la morale qui conclut cette nouvelle. Après sa promenade, une fois rentré et installé dans les anciens appartements du roi Saint-Louis «l’honorable président du régime actuel, en fumant un vrai cigare dans l’oratoire du vainqueur d’Al-Mansourah, de Taillebourg et de Saintes, ne pouvait s’empêcher de reconnaître, en soi-même, qu’au fond, l’amour des choses trop naturelles n’est plus qu’une sorte de rêve des moins réalisables, bon à défrayer, tout au plus, le verbiage des gens en retard, et que Daphnis et Chloé, pour mener, aujourd’hui, leur train du passé, leur simple existence champêtre, pour se nourrir, enfin, de vrai lait, de vrai pain, de vrai beurre, de vrai fromage, de vrai vin, dans de vrais bois, sous un vrai ciel, en une vraie chaumière, et liés d’un amour sans arrière-pensée, auraient dû commencer par mettre leur dite chaumière sur un pied d’environ vingt-cinq mille livres de rente, attendu que le premier des bienfaits dont nous soyons, positivement, redevables à la Science, est d’avoir placé les choses simples essentielles et «naturelles» de la vie hors de la portée des pauvres.»

On peut retenir plusieurs choses de cette nouvelle. Tout d’abord, on y voit que les pauvres sont chassés des villes. C’est exactement le phénomène que l’on constate aujourd’hui avec la gentrification des grandes villes, l’explosion du coût de l’immobilier dans les métropoles et la migration des classes populaires vers la France périphérique. Aujourd’hui, les riches sont à Paris et les classes populaires, comme Daphnis et Chloé, vivent en Seine-et-Marne, lieu où se déroule la nouvelle de Villiers (et seul département de l’Ile de France à avoir placé Marine Le Pen en tête au premier tour en 2017). Ensuite, on pourrait croire qu’en vivant loin des grandes villes, les classes populaires seraient plus proches de la Nature.

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Paradoxalement, comme l’a bien vu Villiers, ce n’est pas le cas. C’est même tout le contraire. Les pauvres n’ont jamais eu aussi peu accès à la nature. On peut habiter à 500 mètres d’une forêt sans jamais y avoir mis les pieds. Cette Nature, qui était auparavant omniprésente, universellement et immédiatement accessible, devient un produit de luxe. Villiers nous montre des pauvres privés de Nature. Or, c’est exactement ce que nous voyons aujourd’hui: des pauvres condamnés à une vie américanisée et artificialisée, à la dictature des zones commerciales et de la grande distribution, au hard discount, aux aliments hyper-transformés, à la malbouffe, au Made in China de mauvaise qualité… tout cela coûtant moins cher que des produits sains et locaux.

Un produit venu de l’autre bout du monde coûte parfois désormais moins cher que le même produit cultivé à quelques kilomètres de chez soi. Nos ancêtres du Moyen-âge, qui ne se nourrissaient que de produits locaux, et pour qui le prix d’une denrée augmentait mécaniquement avec la distance et le transport, en perdraient leur latin.

Enfin, ce sont aujourd’hui les riches, qui, grâce à leur argent, confisquent à leur profit la Nature (produits bios inabordables, healthy food et jus de fuit detox, parcs et arbres dans les grandes villes…). Il y a encore un siècle, c’est toute notre alimentation qui était bio. Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, nous mangions tous bio sans le savoir. Aujourd’hui le bio est un produit de luxe. Mais cette confiscation de la Nature par l’argent n’implique nullement une meilleure connaissance de la Nature chez les classes aisées.Avant la Révolution industrielle, c’était les pauvres qui étaient proches de la Nature et les riches qui en étaient éloignés.Il s’agit là d’un basculement historique et anthropologique majeur.

On notera au passage qu’il s’agit là d’un basculement historique et anthropologique majeur. Avant la Révolution industrielle, c’était les pauvres qui étaient proches de la Nature et les riches qui en étaient éloignés.

C’est la figure du philosophe grec Diogène, qui prône la pauvreté et la proximité avec la Nature, par opposition au Tyran qui vit dans un Palais, où règnent la sophistication, l’artificiel, le faste, le luxe. De même, dans le film comique français Les Visiteurs, on voit que les deux personnages principaux (le Seigneur Goddefroy le Hardi et son écuyer Jacquouille) sont infiniment plus proches de la Nature que n’importe quel Français du XXIe siècle, mais que l’écuyer la connait encore mieux que son maître. On dit en effet de Jacquouille la Fripouille qu’il «est rusé et renifle bien les pistes». Il se baigne dans la rivière, dort parfois dans la forêt, imite les cris des animaux, est doué avec les chevaux… C’est d’ailleurs pour cela que son maître l’emploie.

De même, moins développés technologiquement et économiquement, les Amérindiens étaient plus proches de la Nature que leurs envahisseurs européens. Jean-Jacques Rousseau et Diderot ont longuement réfléchi à cela. Gauguin l’a peint dans les îles du Pacifique. Aujourd’hui, ce lien entre pauvreté et vie naturelle est rompu, comme l’a bien vu Villiers.

On notera aujourd’hui que ce sont principalement les élites, les habitants des grandes métropoles, les bobos, les gagnants de la mondialisation, les «anywhere» (les gens de n’importe où pour reprendre l’expression de David Goodhart) qui portent le discours de l’écologie politique et les revendications écologistes. Pourtant, cette population aisée est la grande gagnante d’un système économique, la mondialisation, qui est à l’origine de l’essentiel de la pollution mondiale et qui est profondément anti-écologique. Et elle a souvent tendance à défendre des innovations sociétales, comme la GPA, qui enfreignent manifestement les lois et les limites de la Nature.

C’est cette population qui réclame davantage d’écologie et ne jure que par le bio alors que pourtant elle vit dans des grandes villes, ignore tout de la Nature réelle et concrète et serait bien en peine de différencier un hêtre d’un bouleau.

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Paradoxalement, ce sont les riches qui ont accès au bio qui demandent davantage d’écologie. Tandis que les pauvres, condamnés à la malbouffe, se moquent de l’écologie politique. Pour eux, l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement, la sécurité, l’immigration, l’identité sont des priorités autrement plus importantes que la protection de l’environnement. Quand on peine à boucler ses fins de mois, le climat parait bien lointain. Pire, ils voient souvent dans l’écologie un discours de riche, méprisant, hautain et dont ils seront les premières victimes. Victimes en payant leur électricité et leur gaz plus cher. 14% des ménages sont déjà en situation de précarité énergique. Victimes en payant encore plus d’impôts. Victimes en voyant le recours à l’automobile encore davantage pénalisé.

Or quand on habite dans la France périphérique, la dépendance à l’automobile est un fait absolument fondamental. Victimes des éoliennes, qui se trouvent dans la France Périphérique et non au cœur des métropoles, avec leur bruit infernal, audible à plusieurs kilométres, et leur cortège de nuisances, nuisances qui font fuir les animaux (oiseaux, écureuils…) et rendent malades les humains (migraines, problèmes d’audition…). D’ailleurs, la présence d’éoliennes à proximité fait baisser la valeur d’une maison de 40 %. Ce sont les maisons des Gilets Jaunes, des Daphnis et Chloé modernes, qui vont perdre de la valeur à cause des éoliennes et non pas les apprtements des électeurs d’Anne Hidalgo.

Avouons que payer des impôts pour financer un dispositif qui vous gâche la vie est pour le moins rageant. Victimes d’une économie française plombée par les normes environnementales, normes qui vont détruire encore davantage d’emplois, nous faire perdre encore davantage en compétitivité, nous désindustrialiser encore plus. N’oublions pas que la crise majeure des Gilets Jaunes a eu pour étincelle un projet de taxe sur le diesel. Et qu’en 2013, la Bretagne s’était soulevée avec le mouvement des Bonnets rouges face à l’installation des écoportails.l’écologie politique semble à la fois punitive et complètement inefficace et contre-productive sur le plan environnemental.

D’ailleurs, la question écologique n’est pas un déterminant du vote pour les grandes élections. Un parti comme EELV, qui mélange allegrement écologie et revendications sociétales post-modernes (comme la GPA), réalise de beaux scores aux élections européennes (16 % en 2009, 13,5 % en 2019) et s’affirme dans les métropoles peuplées de bobos (Bordeaux, Lyon, Grenoble, Poitiers, Paris…), mais s’effondre lors des élections présidentielles et législatives (2 % à la Présidentielle de 2012).

Plus surprenant encore, l’écologie politique semble à la fois punitive et complètement inefficace et contre-productive sur le plan environnemental. Les exemples absurdes abondent. C’est, par exemple, le cas des éoliennes. Les partisans de l’écologie politique veulent à la fois réduire l’émission de gaz à effets de serre (ce qui est louable) et diminuer la part du nucléaire dans l’électricité française. Mais les deux objectifs sont contradictoires.

Miser sur l’éolien, c’est avoir une énergie moins fiable et plus coûteuse. Son développement amènera des coupures plus fréquentes (surtout en hiver), des factures plus chères qui pèseront sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la compétitivité de notre économie. L’énergie abordable que nous offre le nucléaire, symbole de l’excellence française et gage de souveraineté, est l’un des derniers atouts d’une compétitivité industrielle française bien malade.

Surtout plus on remplacera le nucléaire par de l’éolien, plus nous émettrons de gaz à effet de serre, car l’intermittence du vent (le fait que le vent ne souffle pas tout le temps) nous pousse à recourir au gaz et au charbon, très polluant, alors que le nucléaire émet beaucoup moins de CO2.

Les centrales nucléaires émettent en moyenne 80 fois moins de CO2 par kilowattheure produit que les centrales à charbon et 45 fois moins que les centrales à gaz. La fermeture des réacteurs de Fessenheim se solde déjà par l’émission annuelle supplémentaire de 8 millions de tonnes de CO2 en Europe, soit l’équivalent de 15 % des émissions annuelles d’une région comme l’Île-de-France, et par un approvisionnement moins fiable.

En abandonnant le nucléaire et en portant l’éolien au pinacle, Angela Merkel a considérablement développé le charbon, ce qui a fait exploser la pollution émise par l’Allemagne, au grand détriment de la qualité de l’air en Allemagne et dans le monde. L’Allemagne est aujourd’hui le sixième pollueur mondial, loin devant la France, émettant plus du double de CO2 par rapport à nous.

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Une éolienne a des pâles de 50m qui s’appuient sur un mât de 100 mètres. Elle repose sur un socle en béton armé de 300m3. Il faut 1 500 tonnes de béton par éolienne, soit 30 millions de tonnes pour les 20 000 éoliennes qu’il est prévu d’installer (béton transportés par 1,2 million de voyages de camions-toupies, qui fonctionnent…à l’essence). Elle est bourrée de ferraille et de plastiques ainsi que d’huile de vidange qui risque à tout moment de polluer les nappes phréatiques.

Sans compter les métaux rares nécessaires à sa fabrication et extraits à l’autre bout du monde de manière très polluante (pollution de l’air par émission de CO2, des sols et des eaux). Lorsque ses pâles sont gelées, il faut faire fondre la glace en pulvérisant par hélicoptère de l’eau à 60 degrés, chauffée dans un camion au fioul. On remarque le même type de contradiction sur la question du bien-être animal: comme le souligne Le Figaro, «on se réjouit que le Parc Astérix ferme son delphinarium, mais les animaux vont être transférés ailleurs en en Europe, dans des bassins déjà occupés: leur bien-être va donc en réalité diminuer».

Pourquoi l’écologie politique est-elle aussi peu attentive à la réalité et à l’efficacité écologique? Tout simplement parce que l’écologie politique est avant tout une façon de se définir soi même, de renvoyer aux autres et surtout à soi même une certaine image sociale de soi. Dans son livre intitulé La Distinction, le sociologue Pierre Bourdieu soulignait que la bourgeoisie faisait tout pour se distinguer et que si elle allait au Musée, c’était davantage pour donner un signe de reconnaissance et d’appartenance en se distinguant de ceux qui n’y vont pas que par un réel amour pour l’art et la culture classique.

Aujourd’hui, une partie des classes moyennes supérieurs cherchent à se distinguer en adoptant un discours progressiste et écologiste. «Regardez nous sommes des gens bien! Nous sommes altruistes et gentils. Nous sommes intelligents et nous croyons la science, donc nous protégeons le climat. Nous ne sommes pas comme tous ces ploucs, ces climato-sceptiques admirateurs de Trump, ces Gilets Jaunes, ces beaufs racistes qui polluent et se moquent de la Nature». L’écologie politique n’est que la nouvelle forme d’un puissant narcissisme et d’un non moins puissant mépris de classe…

C’est Benjamin Grivaux qui fustige «les gars qui fument des clopes et roulent au diesel». C’est Hillary Clinton qui qualifie les électeurs de Trump de «panier de déplorables». Et la vision très punitive que la même Hillary Clinton avait de l’écologie, voulant fermer massivement les mines de charbon, ne fut pas pour rien dans sa défaite électorale de 2016.Le bobo peut mépriser le chasseur, mais le chasseur connaît infiniment mieux la nature que lui et participe activement à la régulation des espèces.

Comme l’écrit Pierre Vermeren: «il est plus commode de s’en prendre aux chasseurs, aux corridas et aux cirques, pour se donner bonne conscience qu’aux vrais facteurs de l’extinction planétaire de la faune et de la flore.» Lorsqu’on vit dans une métropole, loin des éoliennes, et qu’on ne connait rien à la Nature, il est difficile de mesurer l’impact écologiquement négatif de certaines mesures que l’on défend pourtant au nom de l’écologie.

Le bobo peut mépriser le chasseur, mais le chasseur connaît infiniment mieux la nature que lui et participe activement à la régulation des espèces. Si l’écologie politique est un simple mode de distinction sociale et culturelle, elle n’a nulle besoin d’être efficace sur le plan environnemental. Une mode, un imaginaire (le vent et les petits oiseaux), une idéologie, parfois sectaire et fanatique, un moyen de distinction social n’ont pas besoin d’être rationnels ni de rechercher le bilan coûts-avantages. L’émotion prime. Le symbole suffit.

Cela veut-il dire qu’il faut abandonner toute préoccupation écologique en politique? Certainement pas. Au contraire, il est urgent de construire une autre écologie politique réaliste, alternative et crédible. Il doit s’agir d’une écologie populaire et patriote. Qu’on le veuille ou non, les faits sont les faits: l’urgence écologique est là et remet en question la pérennité de notre Nation et de nos modes de vies. Chaque année un à deux millions de personnes meurent en Chine à cause de la pollution. Idem en Inde. La pollution tue donc plus dans ces deux pays que le Covid-19 dans le monde entier. Et en France, la pollution menace notre santé.

Les patriotes, les gaullistes, les conservateurs, les populistes, les souverainistes (de gauche comme de droite), les défenseurs des identités et des traditions, bref tous les contempteurs d’une mondialisation devenue folle, doivent s’emparer de la question écologique pour ne pas en laisser le monopole aux Torquemada et aux Tartuffe de la bourgeoisie progressiste. N’oublions pas que le Président républicain Theodore Roosevelt fut le premier, aux Etats-Unis, à prendre des mesures nationales de protection de l’environnement. Grand amoureux de la Nature, passionné de chasse (preuve que l’écologie n’est pas incompatible avec la chasse), pionnier du développement durable et de la préservation des ressources naturelles, il créa 150 forêts nationales protégées, cinq parcs nationaux et 51 réserves ornithologiques.

Puis le Républicain Richard Nixon, élu sur le slogan «Le loi et l’ordre», prit, dès sa première année de mandat, de nombreuses mesures écologistes: loi encadrant la mise en œuvre de grands projets, création de la grande agence fédérale chargée de protéger l’environnement (EPA), vote du Clean Air Act contre la pollution de l’air et destinée à «assurer à chaque citoyen un environnement salubre»…

En France, c’est Georges Pompidou qui créa le ministère de la Protection de la nature et de l’environnement en 1971. Fidèle au message d’Einstein selon lequel «si les abeilles venaient à disparaître, l’Homme n’aurait plus que quelques années à vivre», Philippe de Villiers s’est dressé contre les insecticides tueurs d’abeilles. Comme le souligne l’historien René Rémond, «La droite traditionnelle préconise le respect des cycles naturels, croit à l’immutabilité d’une nature humaine, se défie des initiatives orgueilleuses de l’Homme qui risquent de dérégler les équilibres voulus par la Providence ou fruits de la nécessité.»

Cette nouvelle écologie politique doit reposer sur quelques principes simples.

Premier principe: Ne jamais prendre des mesures sur une base affective ou symbolique mais toujours rechercher l’efficacité, c’est-à-dire l’amélioration concrète de la situation environnementale. Pour cela, il faut se soucier des conséquences et procéder à des bilans coûts-avantages. Cela nous aménera probablement à revoir à la baisse nos ambitions en matière d’éolien.

Deuxième principe: être populaire, sociale et démocratique. Pour cela, elle doit être incitative et positive, et non pas négative et punitive. Elle doit encourager les initiatives, récompenser les bons comportements, se faire aimer en créant des emplois et de la croissance et en assurant une meilleure qualité de vie.On ne peut pas avoir à la fois le libre-échange mondialisé et l’écologie.

Troisième principe: Tout politique écologique crédible implique nécessairement un certain degré de démondialisation. Il n’y a pas d’écologie sans protectionnisme, sans souveraineté, sans frontières, sans patriotisme économique, sans réindustrialisation. Sans protectionnisme, l’écologie est un vain mot, qui ne peut que nuire à notre économie et à nos emplois. Cela ne sert à rien de s’imposer des normes écologiques si cela nous pénalise et nous conduit à importer, après un transport long et polluant, des produits fabriqués à l’autre bout du monde sans aucun respect des normes environnementales.

On ne peut pas avoir à la fois le libre-échange mondialisé et l’écologie. Certains pays polluent massivement et pratiquent un véritable dumping environnemental en faisant fi des normes que nous nous imposons à nous-mêmes. Dans une telle situation, il parait donc normal de protéger notre industrie, de relocaliser la production chez nous et de sanctionner ces pays par des taxes, des subventions aux entreprises qui produisent en France, des barrières douanières, des politiques de préférence nationale ou européenne et des quotas d’importation.

Quatrième principe: Privilégier les énergies renouvelables face aux énergies carbonées. Bien sûr, le nucléaire doit être considéré comme un renouvelable à part entière, et même comme le renouvelable par excellence. Notre filière nucléaire doit donc être sanctuarisée, développée, sans cesse améliorée (notamment sur les questions de sécurité et de gestion des déchets) et exportée.

Cinquième principe: Mettre en œuvre un grand plan de rénovation thermique du bâtiment, créateur d’activité et d’emplois.

Sixième principe: Financer l’innovation pour verdir notre production industrielle et agricole et mieux emprisonner le CO2 sans porter préjudice à notre économie.

Septième principe: Mettre en place un grand plan de préservation de la biodiversité en France, pour protéger animaux, végétaux, paysages et patrimoine. Dans les années 70, Pasolini s’inquiétait déjà de la disparition des lucioles en Italie.En dix ans, la France a perdu l’équivalent du département de Seine-et-Marne en surfaces agricoles à cause de la bétonisation.

Aujourd’hui, comme le souligne Pierre Vermeren, des espéces comme les hérissons, les papillons, les abeilles, les écrevisses ou même les amphibiens (du fait de la raréfaction des mares) sont menacées dans nos contrées…Ce plan de protection implique notamment de lutter contre la bétonisation et l’artificialisation des sols: en dix ans, la France a perdu l’équivalent du département de Seine-et-Marne en surfaces agricoles à cause de la bétonisation.

Par conséquent, il faudra revoir notre politique à l’égard de l’éolien, mais aussi vis-à-vis de la grande distribution, puisque les parkings des zones commerciales jouent un rôle important dans cette bétonisation excessive. Et réduire le nombre de nos chers (dans tous les sens du terme), qui plaisent tant à nos maires. Un rond-point sur deux dans le monde se trouve en France et il s’en construit chez nous entre 500 et 800 par an.

Huitième principe: Revoir notre politique d’aide au développement envers les pays du Tiers-Monde. Le but de notre aide au développement ne doit pas être l’industrialisation des pays pauvres ni leur urbanisation ni leur pleine intégration à la mondialisation. Gagnants à court-terme, ils sont en fait perdants à moyen-terme car l’industrialisation génère d’énormes problèmes écologiques, ce qui est à la fois mauvais pour leur propre bilan environnemental et pour celui de la Planète. Une ville comme Lagos au Nigeria (13 millions d’habitants entassés, une circulation chaotique, une pollution horrible, une violence endémique) est tout simplement une allégorie de l’enfer sur terre. Plus les pays pauvres s’industrialisent, plus cela se fait à notre détriment (délocalisations…).

De plus, leur industrialisation et leur intégration à la mondialisation détruisent leurs solidarités traditionnelles (celles du village) et leurs modes de vie ancestraux, ce qui rend ces pays très instables et favorise les volontés d’émigrer en direction de l’Europe alors que c’est justement ce que l’on cherche à empêcher.Avec une industrie peu polluante et grâce au nucléaire, la France émet moins de 1% du CO2 mondial

Au contraire, nous devons mettre en place un co-développement qui intègre pleinement les questions écologiques, conditionnant l’aide à des efforts en matière d’écologie, de contrôle des naissances et de lutte contre les migrations clandestines et qui valorise le local, l’agriculture vivrière, le bio, les traditions, les liens locaux de solidarité et d’identité…C’est comme cela que nous convertirons ces pays à l’écologie et que nous limiterons les flux migratoires qui en proviennent. Mais il faudra également agir pour que nos grandes entreprises cessent de considérer l’Asie et l’Afrique comme leur poubelle.

Neuvième principe: Défendre la qualité, le petit commerce, l’artisanat, les petits paysans, l’art de vivre à la française, les circuits courts…Le scandale de la viande de cheval dans les lasagnes de l’usine Spanghero (2013) est un bel exemple des dérives nées de la multiplication acteurs et de la trop grande longueur des circuits.

Dixième principe: Mettre en place une diplomatie de l’écologie. La France n’a pas à rougir de son propre bilan: avec une industrie peu polluante et grâce au nucléaire, elle émet moins de 1% du CO2 mondial. Sa part dans la pollution mondiale n’est donc pas supérieure à sa part dans la population humaine. Nous devons faire pression sur le Brésil, dont la politique de déforestation en Amazonie est tout bonnement suicidaire pour l’humanité. Nous pouvons aussi être à l’initiative de grands plans internationaux de sauvegarde des océans, de préservation de la biodiversité et de lutte contre la désertification.

C’est avec ces principes directeurs que nous pourrons sortir par le haut du cauchemar décrit par Villiers de l’Isle Adam dans L’Amour du Naturel.

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